Le tour de la Gaspésie à vélo en duo, mais pas en tandem

Je rentre à Sherbrooke, à la maison, après avoir réalisé le tour de la Gaspésie à vélo. En chiffres: 985 kilomètres et 8302 mètres de dénivelé positif en neuf jours. Notre plus petite journée, autour de 70km, et notre plus longue, 147km. Mais ce ne sont que des chiffres. Mes photos Instagram ne sont que des images cadrées et mes statuts Facebook, seulement une parcelle de la panoplie d’émotions et de sensations que j’ai vécues.

Ce fut d’ailleurs pour Samuel et moi, notre plus grand cyclo-voyage en duo. Il y a eu le tour de l’île de Cap Breton (Nouvelle-Écosse), mais le parcours était moindre. Nous avons déjà fait des distances équivalentes, chacun de notre côté. Hé oui! Même en couple nous nous accordons le plaisir de partir à l’aventure en solo. Dessiner un trajet commun, avec des forces, des faiblesses et des intérêts divers est un grand défi! Rouler ensemble, beau temps, mauvais temps, jour après jour, au top de sa forme ou avec des bobos pis un moral parfois dans  le fin fond du sous-sol, c’est aussi une belle épreuve que nous avons surmonté avec brio!

À la blague, Samuel me disait que: « Dire qu’y a des couples qui s’engueulent dans des tout-compris », et ce, dans le confort de leur chaise pliante. Je crois que c’est plutôt dans l’inconfort et l’inattendu que le meilleur et le pire de soi ressortent. Ce que j’ai vécu avec Samuel au cours des derniers jours, sous la pluie ou sous les grands vents du nord, me rendent confiante de notre avenir commun. 

À présent, assez parlé de notre couple, et parlons vélo! Dans les prochaines lignes, je retrace notre parcours quotidien du tour de la Gaspésie selon nos versions respectives. 

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Jour 1: Rimouski – Amqui, 112km et 670m D+

MC: « Du vent de face sur le bord du fleuve, une chute au 17e km et bris de la patte de mon dérailleur, une douce descente pour les derniers 40 kilomètres, voilà les grands moments de ce premier jour de notre tour de la Gaspésie. Malgré les égratignures, je me sens joyeuse toute la journée!

Le gars de la shop de vélo à Amqui est super swell et efficace pour mon p’tit Norco. Puis mon chum c’est le sherpa de l’équipe. Pour rouler à une vitesse équivalente, c’est lui qui traîne tout le bagage! #mavieavecunemachine »

 

Sam: « Après un déjeuner avec nos hôtes de Rimouski, la journée s’annonce chaude et sans vent. Cependant, il ne faut pas trop compter sur Météomedia: il vente toujours en Gaspésie. La route de Rimouski à Ste-Flavie est sur le bord du fleuve. C’est très jolie, mais je prends froid avec le vent de face.

À peine partis, je flash à gauche sur le tard pour arrêter mettre mon manteau. Trop tard pour le flasheur, MC frappe mes sacoches et tombe sur le coté. Ah non! Seulement 17 kilomètres de faits, ça augure mal. On allait pas vite, MC n’a donc que quelques égratignures et se relève comme une championne. MC correcte,  je me mets à paniquer pour son vélo. 950 kilomètres avec un dérailleur croche, ça va mal. On arrête deux fois pour le réparer avec un succès limité. À Mont-Joli, on appelle au Sports Experts de Amqui pour voir s’ils peuvent nous réparer cela. Il faut arriver avant 17 heures. On embarque donc sur nos vélos avec un nouveau défi de temps.

La vie est de notre bord, le vent est un peu de dos et ça descend jusqu’à Amqui. On profite du soleil et de la descente pour arriver vers 15h45. Verdict: la patte du dérailleur est cassée. Le mécano s’en va chez lui en chercher une. Il aurait peut-être la même sur son vélo de montagne. Suspense: on attend notre sentence assis dans le magasin … Yeah! C’est la bonne. Le mécano nous répare cela en deux secondes. J’en profite pour lui faire ajuster mon dérailleur avant et changer les cales à MC qui sont en train de rendre l’âme. La préparation n’était pas A1 finalement. C’est vraiment de l’aventure-voyage! »

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Jour 2: Amqui – Campbellton (NB), 106 km et 568m D+

MC« Mission #Gaspésietour jour 2 accomplie! Vent de face sur une partie du trajet pour ne pas faire changement. La vallée de la Matapédia est superbe! Mes photos ne lui rendent pas hommage, alors allez-y! Aujourd’hui, c’est Samuel qui a des pépins mécaniques. Et tous les deux on a le popotin un brin fatigué. »

Sam « Pas de soleil, ma cuisse droite qui souffre d’un manque de rigueur sur l’étendage de crème solaire au Jour 1 est contente. 106 kilomètres vent de face, principalement en descente, donc disons que ça s’annule. On part tôt après un petit déjeuner express à l’hôtel. Le temps de  repacter intelligemment pour que tout rentre dans deux sacoches, et on roule. Il est 8h15am. À Causapscal, on attend l’ouverture de l’épicerie pendant 10 minutes. Puisqu’il n’y aura rien en vue sur notre chemin jusqu’à Matapédia, quatre heures plus tard, l’attente en vaut la peine.

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Après le problème mécanique de MC, c’est à mon tour. On dirait que j’ai une canette de pognée entre la fourche et le pneu.  Après deux arrêts d’inspection, on trouve le problème. La vis des sacoches frotte sur le pneu. Ah! Danger! Crevaison en vue! Je me rends compte que le porte-bagage est détaché d’un côté de la fourche. J’ai sûrement perdu une vis dans l’un des nids-de-poules. On a gardé les vis des cales à MC hier. J’en prends une pour corriger la situation. Par chance que j’ai fini par écouter la recommandation du mécano. Moi qui ne voulais pas les trainer par économie de poids. Plus tard dans la journée je suis obligé d’arrêter d’utiliser mon gros plateau. Je le trouve soudainement moins hot le mécano. Avec le vent de face, j’en ai pas trop besoin.

La Matapedia c’est malade même si le temps est gris. On suit la Rivière à Saumon toute la journée. Ça ressemble pas mal à la rivière Saint-Maurice avant Shawinigan ou la rivière Saint-Catherine à Sacré-Coeur.

On s’est sauvé de la pluie mais demain, c’est moins sûr. Il y a des orages de prévu. On pense se lever à 5h30am pour essayer de déjouer Miss Météo. »

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Jour 3: Campbellton – New Richmond, 87km et 490m D+

MC: « Le réveil du corps est un peu difficile. Il y a quelques bobos qui se manifestent: égratignures, bleus, piqûres d’insectes, coups de soleil, courbatures, irritation de cuissard, ballonnement dû à toute la scrap de dépanneur et de fastfood que je bouffe en chemin. Mais ça va. Je viens de manger de bons fruits frais et je vais faire du lavage à New Richmond aujourd’hui. Challenge météo du jour: la pluie! 

C’est sous la flotte, avec un vent doux et un dénivelé relativement facile que nous roulons. Les pauses sont très courtes et les départs difficiles, car sous mes vêtements mouillés, je grelotte à chaque arrêt. Le paysage et la vue sur la Baie des Chaleurs sont magnifiques! Cependant, la pluie et le temps gris ne sont pas très photogéniques. Avis aux intéressé.e.s: Vous irez voir par vous-mêmes!

C’est recouverte de boue et détrempée, que j’arrive à New Richmond, chez Geneviève, une copine des îles-de-la-Madeleine. Mes deux grands plaisirs du jour: une douche chaude et une brassée de lavage! C’est si bon de revenir à l’essentiel, d’apprécier l’ordinaire, comme des vêtements secs et chauds, et de se délecter de l’extraordinaire, telle une tasse de thé. Cette fois-ci, je n’ai pas pleuré comme à Cuba devant un lait chaud. 

En roulant aujourd’hui, je me sentais privilégiée d’avoir la santé, la force et la liberté de vivre cette cyclo-aventure! Non, ce n’est pas facile, mais ce sont des difficultés, des défis, que j’ai choisis. Et ça, je tente de m’en rappeler à chaque coup de pédale. Beau temps, mauvais temps. Vent de face ou de dos. Oh…un vent de dos….j’en rêve! »

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Sam: « La journée commence bien. La pluie est douce et on est bien heureux d’être dehors. On apprécie vraiment. Une heure plus tard, elle s’intensifie. On est détrempé, on a un peu froid. On ne perd pas le moral, mais on est un peu moins heureux. Je prends une heure pour me réchauffer, finalement j’y arrive et le plaisir revient. C’est nuageux, brumeux, mais on a un aperçu de la beauté de la Baie des Chaleurs.

La vitesse est bonne, pas trop de vent et c’est plutôt plat. Objectif: éviter les orages prévus pour 13h-14h. On se prend une pause hot dog à Maria et après, on n’arrête plus jusqu’à New Richmond. Notre petite journée de 87 kilomètres se termine à 12h45. On va avoir le temps de se reposer et de profiter des vacances avant d’attaquer les vraies distances. Demain 120 km avec de la dénivelé vers Chandler. Journée d’intensité moyenne selon la classification SP (Samuel Potvin) du tour de la Gaspésie. On conserve notre énergie le plus possible jusqu’à la journée fatale: Griffon – Ste-Madeleine, 96km et 2000m D+.

J’aime déjà notre hôtesse à New Richmond: lavage de vélo, lavage de linge, papier journal pour les souliers. Tout y est pour se remettre de la pluie. »

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Jour 4: New Richmond – Chandler, 122 km et 852m D+

MC: « Arrêt démesurément trop long à Port Daniel dû au vent et à la fatigue. Les derniers trente-six kilomètres s’annoncent ardus avec des rafales de plein fouet dans notre face. On carbure à la bouffe junk de dépanneur. Destination: Chandler. Un coup de pédale à la fois.

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122 kilomètres plus tard, mission Jour 4 du tour de la Gaspésie accomplie! Nous voilà à Chandler. J’écris ces mots dans un Subway où je me bourre la face de biscuits aux pépites de chocolat, pendant que Sam est à la shop de vélo pour un second pépin mécanique. Malgré les défis du jour, genre du vent et des rafales, ainsi que des légers inconforts, ma passion pour le vélo se confirme sur la route. Rouler pour moi n’est ni un sport, ni un passe-temps. Le vélo c’est mon mode de vie. Ces derniers jours, j’ai consulté plus souvent Météomédia que Facebook. Et c’est parfait ainsi. »

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Sam: « Journée pantoufles. On prend beaucoup de pauses et on est un peu rabat-joie. Surtout moi parce que je n’en peux plus d’entendre mon vélo couiner. C’est rendu que je lui réponds avec des « pits pits » pour dédramatiser.

La première partie de la journée passe très vite avec un vent de dos. On fait plusieurs arrêts dont un à Port Daniel où on mange plein de cochonneries. Ça va prendre le coup de téléphone au Sports Excellence de Chandler pour me re-motiver à rouler et combattre le vent qui est de côté et de face aussi. Je pense que les ajustements vont payer demain, on pogne Stéphane, le vrai bon mécano cette fois. Proprio de la shop, 30 ans d’expérience, triathlon, snowboard, skateboard, kitesurf…un vrai. MC trouve avec lui des connaissances communes, évidemment.

Demain on passe par Percé et Gaspé. Le moral va probablement être de retour. »

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Jour 5: Chandler –  Douglastown, 103 km et 937m D+

MC: « Il nous reste 23km à rouler avant d’atteindre Douglastown Alors que ce matin on a joui d’un vent favorable, là on va en avoir plein la gueule. Je viens de bouffer une CoffeCrisp et Sam a la main dans un sac de chips. Je remplis mes gourdes de Gatorade. Va bien falloir repartir un moment donné. Je m’encourage en me disant que j’en ai vu d’autres, dont des retours sur l’Havre-aux-Basques (îles-de-la-Madeleine) avec du vent qui fouette de tous les bords. Ça ne me tente pas plus, mais je relativise.

(Quelques kilomètres plus tard) 

Mon méga coup de coeur du jour n’est pas sur Instagram: ma sortie de Percé, la montée de la côte avec une vue imprenable sur le village, la mer et le rocher troué! Comme la pente est très abrupte, je ne peux m’arrêter pour photographier ce paysage spectaculaire! J’ai le vertige lorsque je regarde derrière moi. Et que dire de la descente à plus de 70km/h qui s’en suit sur le bord de la falaise et au coeur des montagnes! Alleluia! Gloire à la Gaspésie!

De toute façon, c’est ça la beauté de l’aventure: ce que l’on vit de tout son corps, de tous ses sens et ce que l’on ressent de toute son âme. L’ineffable. Oui. Voilà. Je voyage pour l’ineffable de la vie.

Arrivés à Gaspé, nous sommes chaleureusement accueillis par Sonia Landry, une vraie-de-vraie-gaspésienne, et Pierre, son sympathique coloc. Je suis exactement où je dois et avec qui je veux être. C’est-ti pas merveilleux la synchronicité des gens et des éléments?! Namaste man! »

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Sam: « Meilleure journée du voyage jusqu’à maintenant! Le paysage est malade à Percé. On a droit à de vraies côtes: du 17% pendant 1 kilomètre, ça l’air. Les jambes de montagnes se sont réveillées et là elles ont hâte d’en prendre plus. Encore aujourd’hui: pluie, vent, soleil, chaud, froid, habille, déshabille. C’est le résumé de la journée.»

cotes

Jour 6: Douglastown – Anse- au- Griffon, 71km et 950m de D+

MC: « Sur le chemin vers le parc Forillon, arrêt à Gaspé au Café des Artistes pour un « petit » déjeuner: smoothie, bagel full garni, brioche et chocolat chaud. La cerise sur le sundae: partager ce moment avec mon amie néo-gaspésienne, Amandine. On savoure encore les plaisirs de la terrasse, avant de reprendre la route, les côtes…pis ô surprise! Le vent.

J’ai l’impression de vivre cinq journées dans une! On repart du café avec un vent qui nous fouette de tous les bords, et plus particulièrement lorsque nous traversons le pont de la Baie de Gaspé. Je prie pour qu’aucun gros camion ne passe en sens inverse, craignant que l’aspiration ne me renverse! 

À l’entrée du parc Forillon, les côtes vertigineuses et les vues extraordinaires, c’est juste MA-LA-DE!!!! 

parc

De bonnes montées nous attendent pour ensuite nous offrir des points de vue grandioses et des descentes enlevantes! Yahouuuuuuuuu! C’est ennivrant ce feeling, celui d’être au coeur des montagnes. 

Les dix derniers kilomètres nous proposent tout un challenge éolien! Je peine à rouler à 13km/h sur du quasi-plat. 

Et nous voilà arrivés l’auberge de jeunesse Griffon Aventure. J’écris ces lignes avec une bonne blonde gaspésienne du Naufrageur. Hey! Je tripe ma vie! »

sam

Sam: « Journée on prend ça cool le matin. Double déjeuner, ensuite, on affronte encore le vent de face de fou pour sortir de la ville et se diriger vers le Parc Forillon. Concours d’équilibre. On entre dans le parc avec enthousiasme. Quelques côtes dignes de mention, exactement ce que j’ai besoin pour ma préparation pour les Alpes. Deuxième concours d’équilibre: 20% avec mes sacoches et du vent.

La descente est magique avec des pics d’escalade magnifiques. On est clairement au coeur d’un des joyaux canadiens. On vit dans le privilège, il faut continuer d’explorer nos belles régions. Je fais un détour par le Cap Bonami sans les bagages que je laisse à MC au pied de la montée.

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On finit ça dans le vent à Cap-des-Rosiers où on peine à atteindre le 13 km/h. On fait huit kilomètres comme ça jusqu’à l’auberge de jeunesse où je me restaure au Kombucha.

Demain, ce sera notre plus grosse journée côté dénivelé avec un 1800m environ. On est sur les puyinques, mais il reste encore du gros vélo et on a droit au meilleur de la Gaspésie. On se sent en vacances ici chez Griffon Aventure. »

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Jour 7: Anse-au-Griffon – Rivière-Madeleine, 105km et 1960m D+

MC: « Arrivée spectaculaire au village de Laurence Jalbert (Rivière-au-Renard), dans une descente à 12%, sous un ciel bleu, avec vue sur le port, la mer, l’anse et les jolies maisons. Pause bonbons avant de reprendre notre grosse journée: 100km et près de 2000m de D+ !

(Quelques kilomètres plus loin)

Ok. Il m’en reste 18. Ok. J’sus capable. 2000m de dénivelé positif sur 100km; je pense que je vis mon plus gros défi de buttes! Y en aura pas de facile! 

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Je confirme: c’est effectivement à ce jour, mon plus grand défi en terme de dénivelé! J’appréhendais tellement cette journée que finalement, ce n’est pas aussi pire que ce que j’avais imaginé. Le moral est super bon, jusqu’à ce qu’on arrive à Rivière-Madeleine et qu’on se rende compte qu’on doit ajouter cinq kilomètres au compteur, une côte de plus, un vent de face et un ciel gris. Là, je ne suis pas happy.  Sinon, c’est une journée spectaculaire! On roule au coeur des montagnes, sur le bord des falaises, avec des vues sur les charmants villages de la côte gaspésienne. Je pense que j’ai vécu ma plus belle descente de vélo à vie, atteignant près de 80km/h, dépassant même un camion moins confiant que moi dans la pente vertigineuse! 

Mon coup de gueule: les petites mouches qui profitent de ma vulnérable lenteur dans les montées pour me dévorer et les maringouins qui s’introduisent dans la chambre de notre motel figé dans les années 80. 

Il ne nous reste que deux grosses journées devant nous: 130 et 140km, avec un vent de face pour demain. Enfin, peu importe. Un coup de pédale à la fois! »

Sam: « Grosse journée de côtes. Le matin est beau, on profite du pas-de-trafic et de la fraîcheur matinale. Frileux, je m’habille trop encore une fois. On fait un stop dans la charmante communauté de Rivière-au-Renard. On appréhende qu’il n’y aura pas grand chose jusqu’à Cloridorme. En fait, il y a surtout la magnifique montée en serpentin dans un dévers exagéré. Cette fois, j’ai le droit de la faire au sec alors que l’an dernier je l’avais roulé sous la pluie. Eh oui, on vient maintenant d’atteindre un point connu. J’ai passé une fois en septembre dernier lors d’un petit périple en solo: Anse-Pleureuse – Murdochville – Griffon – Anse-Pleureuse. Je connais donc le coin: c’est encore splendide.

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On se rend jusqu’à Grande Vallée avec un optimisme convaincant. Marie-Claude a un petit crash que j’essaie de remonter comme je peux. On a tous les deux froid et le vent de face vient de se lever. On se console en se disant qu’il reste seulement une montée et 18 kilomètres.

Finalement, la montée a des allures de trois. On garde le moral pareil jusqu’à la super descente! Je l’avais momentanément oubliée. On se permet de dépasser un 10 roues pas sûr de ses freins. Moi je les ai changées avant de partir pis anyway, pas besoin de freiner, les virages sont parfaits.

Ensuite, on se pense bien fins, presque arrivés plus de montée, mais on découvre que notre motel est à la sortie de la ville plutôt qu’à l’entrée. Bof cinq kilomètres de plus ou de moins, ça va, mais pour MC s’en est trop. Elle trouve tout ce que je lui montre laid. Je me mets à gueuler après les phares parce qu’ils ne sont pas assez beaux. Ce petit manège ne dure pas très longtemps: tsé 5km. Malgré ce court épisode, je suis pas mal fier de ma petite Madelinienne qui vient de se taper son premier 2000 mètres de dénivelé positif, sa sortie la plus difficile à vie. Bravo!

De mon côté je pense à ça pis j’aurai des journées de 4000 mètres dans les Alpes pour la même distance. J’ai hâte de voir comment ils font ces français pour mettre plus de dénivelé que ça au kilomètre. J’ai bien hâte aussi de voir comment je vais grimper cela. Certainement que je vais essayer de couper le poids des sacoches en deux.

Notre motel est miteux à souhait, mais on a tout ce qu’il nous faut: une douche, un lit et de la bouffe. »

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Jour 8: Rivière-Madeleine – Les Méchins, 134km et 1100m de D+

MC: « La côte gaspésienne est magnifique….et venteuse! 133 kilomètres à s’en prendre plein la gueule.  Mission difficile, mais mission accomplie! Mon défi du jour ce n’est pas les côtes, mais un vent de face toute la journée, à tous les coups de pédale.

Vers le km 85, je crois que je vais craquer. Mal de dos, de cul et au genou droit. Mais surtout, j’ai le moral cassé. 

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On s’arrête à une halte routière, et en m’étendant sur le dos, je ressens une douleur tellement intense, que j’ai l’impression de m’étouffer. Bref, je laisse couler quelques larmes, je me calme, et la douleur s’estompe. Sam pour être fin, me propose un plan B et C, comme de couper notre journée et en faire deux avec celle de demain qui normalement serait la dernière avec une distance de 140 kilomètres. Je ne suis pas prête à renoncer. Dix kilomètres plus loin, on fait une pause décisive où je mange quelques chocolats et où je prends pour la première fois un demi-gel d’énergie avec caféine. Boom! Le moral revient et je suis repartie. On reste donc au Plan A.

Les bobos sont toujours là, mais je ne suis pas inquiète. Je vais certainement avoir de la corne de fesse et besoin d’un bon massage à mon retour, that’s it!

Demain, Meteomedia nous promet un vent de dos et de la pluie. Il nous en reste 140 avant de retrouver Rimouski et la sympathique famille Bérubé qui nous accueille une fois de plus. J’ai hâte … pis pas. »

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Sam: « Le matin commence bien. Je mouline relaxe et je parviens à m’accommoder du vent. MC suit dans mon sillon. Première étape: on doit se rendre à Mont-Louis pour un déjeuner à l’auberge-bistro L’Amarré avec son ami Moïse. Le déjeuner et le café sont délicieux, mais on perd un peu de temps sur notre horaire chargé. Ça m’inquiète puisqu’on roule un maigre 16.5km/h en raison du vent.

Je garde le moulinage et l’effort un ton en dessous. MC en a plein son casque avec des douleurs au dos et elle est tannée de rouler dans le vent. Je travaille ma patience, elle son caractère, et on finit par arriver à Marsoui pour un arrêt qui va repéper un peu le groupe… MC en fait. Moi je suis encore pas mal relaxe, aujourd’hui c’est mon sentiment. On chante quelques tounes des années 90, on va finir par y arriver.

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La deuxième moitié est moins venteuse, on reprend une vitesse de croisière intéressante et MC reprend du moral malgré la douleur. On arrive finalement à 18h40 dans un beau motel miteux sur le bord de la 132. Je suis bien fier de MC puisqu’à plusieurs moments dans la journée j’ai cru qu’un changement d’itinéraire serait requis. On finit cette épopée avec du gras de casse-croûte. On prend le spécial de la place, qui serait censé être bien suffisant pour une personne. À la surprise de la serveuse, on ajoute un roteux à tout ça et je finis à l’épicerie encore affamé.

Demain dernière journée, avec un vent de dos! Celui-là on va le prendre. »

Jour 9: Les Méchins – Rimouski, 147km et 747m de D+

MC: « J’en suis à ma neuvième journée de vélo autour de la Gaspésie. Je suis poilue, j’ai un bronzage d’homme-grenouille, ça fait cinq jours que je ne me suis pas peignée (suite à la perte de mon seul accessoire de coquetterie), j’ai les jambes pleines de piqûres de moustiques, j’ai de la corne de fesses pis mes cuisses passeront sûrement plus dans mes jeans à mon retour. Aussi, quand je m’assis, j’adopte le manspread. Pis tu sais quoi? Maudit que je suis bien de même!

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Malgré une certaine fatigue dans les jambes, on roule à un bon rythme pour arriver vers 4h30pm, chaleureusement accueillis par Marc et Sylvie, ensuite rejoints par mes ami.e.s de Sherbrooke, Sylvain, Julie et leurs enfants.

J’ai un petit deuil à faire. Notre voyage est terminé. Oui. D’autres sont à venir.

Le tour de la Gaspésie à vélo: Mission accomplie pour Sam et MC! Neuf jours mémorables, remplis de défis, de moments d’extase et de belles rencontres! Hé que c’est beau la Gaspésie, une région de mer et de montagnes.

Comme dernier souvenir, Rimouski nous offre un magnifique coucher de soleil. Demain, retour en Estrie. En char. Snif snif.

PS: Je suis drôlement serré dans mes jeans. »

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Sam: « Aujourd’hui est  une journée sans embrouille, petit vent de dos, pas de pluie et avec le soleil en fin de journée. Il a quand même fallu lutter contrer les petits bobos accumulés, la fatigue et un gros 146 kilomètres avec 748 mètres de dénivelé: la journée la plus longue du tour.

À notre arrivée à Rimouski, le soleil nous accueille et la famille Bérubé qui est de si bonne compagnie. On profite du coucher de soleil sur la promenade du centre-ville avec un triple sorbet et un band de rue. La soirée se clos avec Sylvie et Marc, nos hôtes, et de grandes discussions sur Zappa plays Zappa!

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Je vais bien dormir. Les vacances se terminent, je me sens plus prêt à amorcer mes deux prochaines semaines de congé que de retourner au travail, mais ça prend un peu d’équilibre dans la vie. Pour avoir une balance, il faut du poids des deux côtés: après beaucoup d’intensité sur le vélo, je suis persuadé que j’aurai droit à autant d’intensité au boulot!

Un blitz d’un mois, ensuite la vraie grande aventure commence pour moi: En route vers les Alpes! Ce super Gaspésie-tour a plus que mis la table. »

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