L’île de Cap-Breton à vélo

À l’été 2009, j’ai tenté ma première expédition de cyclo-camping sur l’île de Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Naïvement, j’espérais alors faire le tour complet de la Cabot Trail à l’intérieur de 5 jours, en partant de l’Île-du-Prince-Edouard, sur mon vélo hybride (en fait, plus près du vélo de montagne que de l’hybride) très très bas de gamme, très lourd et alourdi de tout mon bagage de camping. Je suis ainsi partie de Souris (IPE), j’ai roulé jusqu’à Wood Island, d’où j’ai pris un traversier jusqu’à Caribou. J’ai ensuite roulé jusqu’à Inverness.

Après avoir parcouru 350km en 4 jours, dont la moitié sous la pluie et l’autre moitié sous les grands vents, j’ai abdiqué. Il me restait environ 250 km à rouler et je n’étais pas encore entrée dans le Parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton. C’est sans regret que j’ai décidé de reporter l’aventure Cabot Trail et de mieux préparer mon retour. Ce qui fut une excellente et sage décision!

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Tracadie (Photo prise sur le site ViewPhotos.org.)

Cinq ans plus tard, entrainée dans les côtes de Charlevoix, du Saguenay et de la Côte-Nord, j’étais enfin prête à reprendre cette route majestueuse reconnue comme étant l’un des plus beaux circuits de cyclotourisme de l’est du Canada. Cette fois, j’étais accompagnée de mon amoureux et équipé10624733_10154499011050618_3212370182057391550_ne d’un vélo hybride performant beaucoup plus léger que mon ancien bolide! J’ai également préféré le confort des auberges et motels à la lourdeur logistique du vélo-camping.

Nous avons réalisé la boucle du Cap-Breton: 300km en 4 jours, du 29 aout au 1er septembre, dans le sens horaire et en partant de North River Bridge. Voici le résumé de notre sympathique aventure cycliste, appuyé d’extraits de mon journal de bord et de nos souvenirs.

Jour 1 : North River Bridge à Margaree Fork (88 km)

Comme Samuel et moi n’avons pas le même type de vélo, il roule avec un vélo de route haute gamme et moi sur un hybride entrée de gamme, et qu’il est beaucoup plus fort que moi, notre stratégie pour avoir du plaisir malgré notre écart de force est simple : je pars avant lui. Il me rattrape par la suite, on en fait un  bout ensemble, puis il va m’attendre au prochain point de rencontre. Cette méthode fonctionne très bien…tant que l’on ne s’égare pas en cours de route.

North River Bridge est situé à quelques kilomètres de Baddeck, un charmant village côtier situé au bord d’un des lacs du Bras d’or. Nous y avons fait une pause pizza avant de reprendre la route. Notre périple a commencé sous la pluie, parfois abondante, et contre un vent de face. Heureusement qu’après Baddeck Dame Nature s’est calmée et nous a offert un climat moins hostile. À peine sortie du village, j’ai bifurqué du mauvais côté. Suivant notre stratégie, Samuel qui est parti après moi de la pizzéria comprend après quelques texto que je suis déjà égarée. Nous sommes au kilomètre 25, il nous en reste 275 à traverser! Il réussit à me rejoindre, nous repartons et cette fois c’est la bonne! Enfin, jusqu’à la prochaine mésaventure.

Entre Baddeck et Margaree Fork, mise à part la Hunters Mountain qui présente un léger dénivelé de 200 mètres, le parcours est plutôt doux. On traverse des champs, des bois et quelques petites localités.

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Au km 70, alors qu’il ne nous en reste que 18 à faire, je pète un plomb. J’en ai marre d’entendre le vent siffler dans mes oreilles! Je voudrais des bouchons, des écouteurs, n’importe quoi pourvu que je n’entende plus ce satané vent. Samuel que je retrouve à m’attendre dans un petit coin bucolique, me regarde incrédule et amusé face à ma colère absurde. J’arrête de pester, nous reprenons la route pour s’arrêter 5km plus loin manger un spaghetti –ce sera le premier d’une longue série- avant de filer les derniers kilomètres. Notre première journée de cyclotourisme nous offre une belle finale sous le coucher de soleil au cœur d’un paysage vert et montagneux.

Ce soir-là, j’écris dans mon journal : «  Je décroche enfin. Je me replonge dans le moment présent. Oui, je suis heureuse sur la route à vélo et surtout, de partager ce rêve avec Samuel. »

 

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Jour 2 : Margaree Fork à Pleasant Bay (80km)

Journal de MC, matin du 30 aout 2014 : « Je me réveille heureuse, enthousiaste des défis sportifs qui m’attendent, dont une méga côte à la sortie de Chéticamp. Voyager me fait rêver à d’autres voyages. C’est sur la route que je me sens le plus présente au monde. »

Entre Margaree Fork et Chéticamp, nous sommes charmés par la beauté des paysages et des petits villages nichés au creux des vallons sur le bord de la route et de la côte du Golfe du St- Laurent. Nous avons parfois l’impression de sillonner des petits villages européens. Étrangement, le pont entre Margaree Harbour et Belle Côte me fait penser au pont du Havre-aux-maisons (Îles-de-la-Madeleine). D’ailleurs, à l’approche de Chéticamp, on voit de plus en plus paraître les couleurs du drapeau acadien et les noms des villages rappellent l’histoire francophone de cette région : Terre Noire, Cap le Moine, Grand Étang…

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À peine passé Chéticamp, nous arrivons à l’entrée du Parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton. Samuel roule alors à mes côtés et nous partageons ce moment exaltant. C’est là que la véritable aventure sportive commence! Je peux encore ressentir les frissons d’adrénaline et d’excitation qui ont envahi mon corps devant la majestuosité des montagnes! J’étais prête, je le savais, je le sentais. La route serpente entre le Golfe du St-Laurent et la falaise. Les côtes se succèdent. Je m’installe confortablement sur mon vélo, un coup de pédale à la fois, j’avance. Je regarde mon compteur : je monte à 7km/h. 15 kilomètres après l’entrée du parc, commence l’assaut de la French Mountain qui montera jusqu’à 455 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les dénivelés sont autour de 8 à 11%, dont un secteur de 431m de dénivelé positif sur 5,6km pour une moyenne de 7%. La montée se terminera au bout de 9,2 km d’effort. Mon leitmotiv : pousse-tire-pousse-tire. À mi-chemin, une halte nous permet de nous arrêter à un point de vue superbe sur le canyon. À ce moment-là, le « nous » exclus Samuel, car il est déjà loin devant moi. Les automobilistes me saluent et me klaxonnent pour m’encourager dans cette ascension. À ma grande surprise, je dépasse même quelques cyclistes.

L’ascension derrière moi, après 1h50 de montée presque ininterrompue, sauf pour 2 petits arrêts photo et une pause recharge de glucides -bref, je me suis bourrée la face de chocolat- je croise enfin le vélo rouge et blanc de Samuel accoté à l’entrée de la fameuse Skyline Trail. En m’attendant, il a décidé de faire une course de 7km. Rien que ça. Ce qui m’a pris presque 2 heures à monter, lui, il l’a fait en une heure…suivi d’un petit jogging!

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La fin de cette journée de cyclo-aventure se termine par une descente spectaculaire et vertigineuse vers la mer! Nous roulons à plus de 75 km/heure! Je suis surexcitée! Je tremble et je ris à la fois! Je sais que je viens de vivre l’un des plus beaux moments de ma vie. C’est dans cet état d’esprit que nous arrivons à Pleasant Bay.

La seule phrase écrite dans mon journal à la fin de cette journée : « Finalement, toute qu’une côte!»

Jour 3 : Pleasant Bay à Ingonish (74km)

La troisième journée commence abruptement. À peine 2 kilomètres après le village de Pleasant Bay, se dresse la deuxième plus longue côte de la Ca984217_10154498994725618_1094504410596489157_nbot Trail, la première étant désormais derrière nous. Celle-ci est plus courte que la French Mountain, mais son degré d’inclinaison est davantage ardue : 3,6 km à 10,1% d’inclinaison incluant des passages à plus de 14% pour 365m de dénivelé positif. Ce col culmine à 440m d’altitude. Nous sommes chanceux, il y a peu de circulation cette journée-là, je peux donc monter la côte en zigzagant. Malgré la rudesse topographique, je me sens optimiste. À coups de tire-pousse-tire-pousse, bien ancrée sur mon vélo, je parviens à franchir le col de cette montagne. Encore une fois, les descentes vertigineuses frôlant les 80km/h sont à couper le souffle!

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Malgré la splendeur des paysages, je connais quelques sautes d’humeur au cours de cette journée. Notamment après avoir passé tout droit du point de rencontre que Samuel et moi nous nous sommes donnés à mi-chemin. Alors que je crache tout le contenu de mon sac à jurons, un aigle passe tout près de moi. Je peux presque voir le détail de ses plumes. C’est spectaculaire et émouvant! Presque mystique. On roule un bout ensemble, puis il bifurque vers l’infini de la côte atlantique. Après ce moment, la bonne humeur revient et c’est avec le sourire que j’admire le paysage ponctué de plages et de villages. Sam réussit finalement à me rejoindre à Ingonish.

Jour 4 : Ingonish à North River Bridge (69km)

Dernière journée sur l’île du Cap-Breton. Le paysage est recouvert d’une belle brume mélancolique.  Toutefois, après quelques kilomètres passés dans ce brouillard, j’ai l’étrange sentiment d’être prisonnière. Je deviens claustrophobe. Je ne peux voir qu’à quelques mètres devant moi. Je suis craintive. J’ai peur de ne pas être assez voyante et d’être happée par une voiture. La brume est si épaisse que j’aperçois Sam seulement lorsqu’il arrive à ma hauteur. Je ne le vois pas arriver, mais un pressentiment me pousse à me tourner juste au bon moment pour l’apercevoir. Je le perds de vue dès qu’il me dépasse. 10 mètres plus loin et il est déjà disparu. J’entame alors l’ascension de la Smokey Mountain (qui porte très bien son nom d’ailleurs) : un énorme promontoire qui surplombe la mer à 370 mètres d’altitude. Mais je ne vois rien. Même si le degré d’inclinaison ne dépasse pas le 8% et que le col ne monte que de 275 mètres, je trouve ma montée pénible et longue (7,1km à 3,7% de moyenne). Heureusement que la brume finit par se dissiper juste à temps pour la fabuleuse descente! 2,2km descendant à une inclinaison moyenne de 9,4%. Yahouuuu!

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Somme toute, je ne garde pas de souvenirs extraordinaires de la route jusqu’à North River après la pente de Smokey Mountain. On traverse quelques villages de type banlieue, la route est assez plane et les derniers kilomètres se font dans le bois.

J’en conclus que ce périple fut beau, ponctué de défis à la hauteur de mes appréhensions. Des paysages époustouflants se sont offerts à nous et des descentes extraordinaires m’ont données beaucoup beaucoup d’adrénaline! Malgré le vent et la pluie, je considère que nous avons été chanceux côté météo : pas de rafales abominables, ni de pluie diluvienne ininterrompue, ni de grêle, de tornade ou de tremblement de terre! J’ai même eu des petites poussées de vent dans le dos alors que je grimpais des côtes. Ces moments furent divins! Et que dire des virages en lacets sur le bord des falaises? Magique! Beaucoup de gens comparent certains passages de la Cabot Trail au paysage de la Gaspésie. L’aventure gaspésienne m’appelle!

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