Treks et panique dans les Dolomites

Du 21 juillet au 3 août 2019, j’ai eu l’immense plaisir de voyager en Italie aux côtés de mon amoureux et de découvrir principalement à pied (marche, course, trekking) pour moi et beaucoup à vélo pour lui, les Dolomites. Des montagnes mythiques, imposantes et d’une beauté magistrale, en fait elles sont tellement belles, que je me demande si j’ai été en mesure de réaliser que j’y étais. Intimidée par leur stature, je me sentais extérieur au paysage qui m’entourait. Je le regardais telle une image, une carte postale ou une exposition de photos. C’est un sentiment difficile à décrire surtout pour une personne comme moi. Je suis normalement plongé dans le moment présent que je vis de tous mes sens et avec toute une gamme d’émotions. Je me sens donc rarement hors de mon environnement. Toutefois, je dois admettre qu’au coeur des Dolomites, le décor était trop grandiose pour ma petite personne!

Je vous propose ici le récit de mes randonnées pédestres que j’ai écrits lors de notre voyage en Italie où nous avons séjourné à Vérone, Bormio, Canazei et Belluno. C’est en toute humilité que je raconte mes périples personnels, dont une crise de panique vécue au sommet du Mont Stelvio. J’espère que vous apprécierez ces résumés, ou du moins, les photos qui les accompagnent.

23 juillet 2019: Bormio 2000 

Comment résumer en quelques mots cette journée extraordinaire à Bormio? Nous sommes au coeur des Dolomites, parmi les plus belles montagnes au monde, nichés dans une petite ville qui, malgré l’explosion balnéaire, a su garder son caractère historique et culturel.
Aujourd’hui, j’ai vaincu ma peur des hauteurs et je suis monté seule à bord d’un téléphérique. Arrêtée à 1730m, j’ai grimpé à pieds environ 500m sur 4km pour atteindre une vue à plus de 2200m d’altitude. Je ne saurais vous dire quel trajet j’ai fait. Je suis d’abord partie du mauvais bord selon l’itinéraire que j’avais prévu, puis j’ai traversé toutes sortes de route: du downhill de vélo de montagne, des pistes de ski alpin, de la route de char goudronnée noire, du « vrai » sentier de trek selon mes standards SEPAQ… Bref, j’estime avoir marché 16-17 km à quelque part entre Bormio et les montagnes. J’en ai peut-être monté six, et j’ai fait une longue descente de plus de 10 km! Je préfère généralement la montée, même si elle est plus exigeante sur le cardio. 

À présent, je vais essayer de me relever du sofa pour une petite balade en ville avec mon amoureux qui revient d’une montée cycliste légendaire du col de Stelvio.

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24 juillet 2019: Croce della Reit, Bormio, route 532

Ce matin, je me prépare à une belle grosse montée pour atteindre le Croce della Reit situé à 2130 m d’altitude. J’avoue avoir quelques douleurs et des fatigues musculaires de ma randonnée d’hier, mais les montagnes m’appellent et demain la météo annonce de la pluie, alors je tente le coup. Une première montée de 1000m sur 5 km pour commencer la journée, c’est un bon expresso! Dis la fille qui ne boit jamais de café.

(Quelques heures plus tard)

Woah! Randonnée réussie! J’ai atteint le sommet de la Croce della Reit, un aller-retour de 12 kilomètres, avec une montée perpétuelle sur 5km en lacets pédestres. Le footing était parfait, le sentier super bien balisé, le ciel était bleu, j’ai même croisé un bouc ( ou un animal qui lui ressemblait) et surtout, j’ai eu immensément de plaisir tout au long du parcours.

Arrivée au sommet, j’ai pris une pause de 40 minutes pour méditer sur la beauté grandiose de l’Italie. La montée m’a pris 1h30 (la pancarte estime 2h20, c’est bon pour l’ego) et la descente 1h32…pas de bobo, j’ai juste pris plein de photos de jolies fleurs sauvages. J’aime le challenge sportif tout comme j’aime prendre le temps d’apprécier les détails qui se révèlent à nous seulement sous la lenteur.

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26 juillet 2019, échec au Mont Stelvio

Malgré la beauté des images, je mentirais si je disais que cette journée fut extraordinaire. Alors que je traversais avec Samuel l’un des plus beaux paysages au monde, le mont Stelvio, situé à 3000m d’altitude, j’ai du faire face à mes propres limites mentales: le vertige. Après moins d’une heure de randonnée, j’ai du revenir sur mes pas parce que j’ai été prise d’une crise de panique face à un passage étroit et sans muret. Je l’ai tenté à trois reprises, et à chaque fois, la panique paralysait mes jambes. J’ai pleuré comme une conne de peur, d’impuissance et de colère. 


Alors qu’on revenait avec le poids lourd de cet échec, j’ai eu espoir de poursuivre notre randonnée par un chemin secondaire. Après quelques pas sur un autre passage étroit, le vertige et lune forme de paralysie m’ont repris.


Vous n’avez pas idée de la peine immense que j’ai et la honte aussi, de ne pas avoir été capable de passer par-dessus cette peur alors que j’avais la chance de marcher dans ce paysage incroyable. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau, d’aussi grandiose, j’étais en pleine forme, deux aigles ont même volé tout près de nous. Malgré cette immense privilège, j’ai du revenir sur mes pas. J’en pleure encore parce que des occasions comme celle-ci, n’arrivent qu’une fois dans une vie. Et je n’arrive pas à accepter cet échec. Je n’ai pas été capable.


Il y a sûrement de belles leçons à tirer de tout ça et je vais prendre les moyens nécessaires pour ne plus jamais faire demi-tour. Ce n’est pas cool ce sentiment d’être une looser.

 

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27 juillet 2019, course entre Canazei et Mazin

Je me réveille avec une superbe vue sur les montagnes, mais malgré une bonne nuit d’un sommeil profond, je suis encore épuisée de ma crise de panique d’hier. Mon plan? Aller courir sur la piste cyclable qui longe la rivière entre Canazei et Mazin, puis me magasiner de bonnes chaussures de randonnée – je n’ai pas confiance en mes vieux runnings troués dans les sentiers mouillés après les averses d’hier – et des bâtons de marche.

Hier, je n’en étais pas à ma première randonnée, mais c’était la première fois que je me retrouvais à 3 000m d’altitude et à devoir face à un sentier étroit sans muret, avec à ma gauche le grand vide (une pente abrupte de roches) et aucun mur ni arbre pour m’accrocher à ma droite. Il y a plein de monde qui réussissait à le traverser, dont Sam, mais pas moi.

Ma confiance a été ébranlée, je ne me sens donc pas prête à m’aventurer à nouveau dans les Dolomites sans un équipement approprié ni une meilleure connaissance du sentier. Aujourd’hui je suis peureuse. Je n’aime pas ça, mais je sais qu’il faut que je me donne du temps et ce, même si mon temps dans les merveilleuses Dolomites est limité.

Je ne sais trop de quelle façon expliquer comment se vit une crise de panique, quand je le vis, c’est complètement irrationnel, je perds le contrôle de mon corps et une peur de la mort s’empare de moi. Et cette peur n’est pas proportionnelle au danger réel. Ça m’est arrivée deux fois en voyage dans un contexte semblable: randonnée et vertige.
J’en ai eue une hier et je l’ai vécu durement, comme un échec mental. 

(Quelques heures plus tard)

J’ai atteint mon objectif: près de 14 km en moins d’une heure trente! C’est modeste, mais j’avais besoin de ce sentiment d’ accomplissement. 


J’ai aussi profité de l’après-midi pour me balader dans Canazei, m’acheter de vrais souliers de randonnée italiens (des Lomer) et une casquette de touriste Valle Di Fassa. J’ai également pu découvrir, malgré le trafic et le trop grand nombre d’hôtels, de beaux trésors naturels. Il y a de jolies églises dans le coin, alors je suis allé allumer un cierge en mémoire de ma grand-mère. Cette visite religieuse m’a rappelé une valeur importante: l’humilité. Peu importe ma volonté, je suis vulnérable et il y a beaucoup plus grand que moi, et ce, peu importe mon ascension.

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28 juillet 2019, journée de deuils

L’immensité des Dolomites me donne toute qu’une leçon d’humilité! Après ma crise de panique au Mont Stelvio qui m’oblige à admettre que j’ai le vertige ( et grave à part de ça), tous les jours depuis, je dois faire des deuils: ce ne sera pas possible pour moi de traverser des cols qui nécessitent que je passe par une via ferrata (et il y en a quelques-uns dans le bout de Canazei) et je ne pourrai pas non plus faire de vélo de route ni de montagne. Non seulement parce que j’ai le vertige, mais aussi parce que je ne suis pas assez à l’aise sur des routes étroites en épingle. Je manque d’expérience, de connaissance technique et d’aisance. 


Ce n’est pas toujours facile de voir mon chum partir à vélo accomplir des exploits sur des cols mythiques. Je ne suis pas jalouse, je me sens juste poche, même si je suis en même temps sincèrement fière et enthousiaste pour lui. Mixed feeling.


Je me rabats donc sur la course et la randonnée. J’ai quelques objectifs pour ma dernière semaine en Italie, j’espère les atteindre!


J’ai songé à faire une genre d’hypnose-thérapie à mon retour pour vaincre mon problème des hauteurs. J’espère ne plus jamais passer à côté d’un Stelvio. C’est correct d’avoir des limites, mais j’aimerais pouvoir choisir les miennes. Genre, faire de l’alpinisme à – 60 degrés, j’assume clairement que ça ne me tente pas.

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29 juillet 2019, Le Lech d’Antermoa

Finalement, après ma mésaventure au Mont Stelvio – la fameuse crise de panique – je n’aurai pas attendu de faire une thérapie d’hypnose pour vaincre mon vertige: je reviens tout juste de ma plus haute ascension de hiking à vie! Je suis partie de Mazin à 1372 m, pour atteindre le Pas de Dona situé à 2516m, sur une distance d’environ 8km, et donc un peu plus de 16km aller-retour. Et cette fois, je n’ai pas tchoké ni les chemins étroits ni la montée! I had to do it/ Je devais le faire! 


Les paysages que nous avons traversés étaient époustouflants! Rivière, chute, grotte, vallée, roche volcanique, de calcaire au sommet et un lac d’une beauté indescriptible ( oui, oui, je manque de mots!): Le Lech de Antermoa!


Arrivés à 2200m, j’ai commencé à ressentir des symptômes liés à l’altitude et au vertige: les oreilles qui bouchent, le souffle court-très-court, comme s’il était pris dans ma poitrine, un léger haut le coeur à un certain moment, mais malgré ces inconforts, je savais que je pouvais continuer si j’y allais lentement et que je contrôlais ma respiration.
En chemin vers la montée finale, nous avons croisé le regard curieux d’une dizaine de chiens de prairie dans la vallée Camerloi. Ça m’a amusée et détendue. Puis je me suis engagé dans la dernière ascension. 300m de dénivelé positif en moins de 45min. 


Le chemin me semblait moins étroit qu’au Stelvio, et lorsque le vertige me reprenait, j’accrochais mon regard sur Samuel qui marchait devant moi, ça m’aidait à ne pas perdre pied. Je me parlais aussi, mon mantra: ça va aller ça va aller! 


Et ça été! J’ai même presque gambadé au retour! 


Je ne suis pas prête pour les Via Ferrata ni l’alpinisme, mais je ne renoncerai pas non plus au privilège que j’ai d’être au carrefour des plus belles montagnes d’Europe: les Dolomites.


J’ai fait mon p’tit Everest aujourd’hui et j’en suis très heureuse!  J’ajouterai que d’avoir de bons souliers de treck et des bâtons m’a certainement aidé. Puis d’avoir mon homme à mes côtés aussi.

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31 juillet 2019, Col Rodella

Journée haute en émotions! Ce matin, j’ai pris le chemin 530 pour monter le Col Rodella. À 7h30am j’étais à 1450 m d’altitude et à 9h30am, j’étais au sommet du Col à 2485m.
Ce ne fut pas facile. La montée a été abrupte dès le départ sur de l’asphalte, puis sur de la pierre, ensuite je suis passé par un chemin mixte terre-pierre-racine, dans du grand gazon mouillée et pour s’assurer que je me serve de mes bâtons: j’ai eu droit à une belle montée à pic sur un chemin pas large de terre mouillée post-orage! J’ai eu la frousse lorsque j’ai glissé par derrière ( mais pas sur le derrière ) sur environ 1,5m. Dès lors, je savais que je ne pouvais plus reculer et que je ne pourrais redescendre par ce chemin.


Je suis ensuite sortie dans un magnifique paysage valloneux, dans lequel je devais contourner une montagne sur un chemin étroit et vertigineux! Pour me rassurer, je me disais que ça ressemblait un peu à la Big Hill aux îles…puis, une petite voix m’a rappelé que j’étais seulement 2 000m plus haut que le sommet de l’île d’entrée! Damn! J’hésitais avant de l’écrire, mais ok, comme je n’ai plus d’orgueil depuis le Stelvio: il y a eu un coin de montée glissante que j’ai fait à quatre pattes accrochée dans les herbes. Une affaire de deux pas, mais quand même! 


L’arrivée au sommet fut….ô wow! Spectaculaire! J’y ai passé 90 minutes pour admirer, manger, photographier, observer et même apercevoir un magnifique renard sortir d’une cabane! S’en est suivi le cri strident d’un oiseau! 


Pour revenir, j’ai opté pour le téléphérique afin d’éviter l’orage et une descente bouetteuse, ainsi que pour ne pas trop empirer mon ampoule. Yeah! Les joies de casser ses nouvelles chaussures dans les plus belles montagnes.


Dernière journée dans les Dolomites, demain direction: Belluno.

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2 août – Parc national Nevegal 

Et voilà, c’est sur ces images que se termine notre voyage en Italie. On a fait fi des prédictions meteomedia qui nous annonçait un déluge toute la journée, et vers 11ham, dès qu’on a vu une éclaircie, Sam et moi avons sauté dans nos runnings pour aller découvrir Belluno à la course. Comme il faisait encore soleil et qu’on avait encore des jambes quand on est rentré de notre 7km, ce fut un changement de souliers pour repartir en treck dans le Parc national Nevegal.


C’est avec émerveillement que j’ai marché entre la Casera et le Col Visentin. Une randonnée assez relax, enfin comparé à celles que j’ai fait à Bormio et Canazei! Environ 10 km aller-retour et une montée de 400m sur 5km, passant de 1390m à 1763m d’altitude.


Le retour s’est fait sur un pas rapide car un ciel lourd et gris nous menaçait d’une pluie certaine! Je n’ai donc pris aucune photo de cette partie du trajet – pourtant il y avait de jolies fleurs et de belles vaches- et nous sommes arrivés au char juste à temps.


Demain, ce sera l’avion, pas de rando à l’agenda pour au moins une journée ou deux. Le temps de guérir mes ampoules. Avertissement aux Âmes sensibles: la dernière photo de cet album pourrait vous choquer.

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5 réflexions sur “Treks et panique dans les Dolomites

  1. J’aime toujours te lire. Je n’ai pas le temps de lire tout ton article ce soir, je vais y revenir plus tard; pour le moment, j’ai focalisé sur le mot « panique » et j’ai lu seulement cette section. Je comprends ta frustration et ton sentiment d’ échec, souffrant moi-même de vertige. Ça m’enrage et me frustre d’etre si conne…. mais écrire ça dans un blogue, se dire conne parce qu’on a le vertige, c’est comme si on disait à tous ceux qui ont le vertige qu’ils sont cons. Non? Je suis certaine que ce n’est pas ton intention, mais….. Aussi, il y a quelque chose qui ressort beaucoup de tes articles, c’est la très grande exigence que tu as envers toi-même, de toujours vouloir être parfaite dans tout. C’est bien de vouloir se dépasser et de donner le meilleur de soi-même, on dit que tout ce qui mérite d’être fait mérite d’etre bien fait. Mais être bon dans tout n’est possible pour personne, je pense, et y aspirer ne peut qu’engendrer un sentiment d’échec, alors que tu as déjà plein de belles réalisations à ton actif. À qui as-tu tant à prouver? As-tu déjà réfléchi à ça? Désolée pour le pavé et la psycho à 5 cennes. Bonne réflexion, bonne continuation, et au grand plaisir de te lire encore.

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    1. Bonjour Linda! Je vous rassure, je n’aspire pas être bonne dans tout ni à être parfaite! Je suis nulle en musique, je n’ai aucun sens du rythme, et je ne fais aucun effort pour m’améliorer! ah ah! Dans ce blogue, je communique sans filtre mes sentiments de faiblesse, mes échecs et mes incohérences. J’ai un franc parler qui peut peut-être déranger certaines personnes et porter à interprétation, mais j’assume. Je me sentais « conne » cette journée-là, je l’ai donc écrit tel quel. Mon but avec Le blogue de MC n’est pas de moraliser les gens ni de les inspirer, mais simplement de communiquer, de partager et d’informer sur des sujets qui me passionnent. Libre aux lectrices et aux lecteurs de me lire selon leurs intérêts, leurs sensibilités et ce qu’ils sont. MC

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