Ultracyclisme: Le Défi des 21 de Laurence Bourque

Le 6 juillet 2019 avait lieu Le Défi des 21, la course cycliste la plus difficile au Québec: près de 340 kilomètres à travers les côtes de Charlevoix et du Saguenay, avec une moyenne de 5000 mètres de dénivelé positif à gravir. Pour se classer, les participant.e.s doivent compléter le parcours en moins de 16 heures, sans quoi, ils-elles sont disqualifié.e.s. Il n’y a ni trompette, ni médaille, ni podium au bout de ce long parcours du combattant: juste une grosse bière pour les amateur.e.s de houblon et la satisfaction d’avoir relever cet immense défi sportif. Fait intéressant: les hommes et les femmes sont dans la même catégorie: celles et ceux qui le terminent dans les temps ou non.

Pour l’édition 2019, sur 53 partant.e.s, 22 ont complété le parcours dans les délais.  Pour une seconde année consécutive, mon chum a réussi cet exploit en se classant 21e avec un temps de 15h58min! Il est arrivé en flèche après avoir affronté des rafales de 85km/h qui ont fait flancher de nombreux participant.e.s. S’il a réussi à garder le moral, c’est notamment grâce à Laurence Bourque, une cycliste chevronnée qu’il a rencontré sur le parcours. Ils se sont alliés, supportés et alternés sur plus de 200 kilomètres.

Laurence a finalement terminé 19ème, avec un temps de 15h48 minutes. Je l’ai rencontrée récemment, alors qu’elle était de passage en Estrie. Une semaine après le Défi des 21, elle participait au triathlon du Memphrémagog. Un défi n’attend pas l’autre pour cette athlète enthousiaste!

Âgée de 26 ans et originaire de Boucherville, elle a commencé par dépit – ses parents ont arrêté de lui faire des lifts – à faire du vélo à l’âge de 15 ans. C’est à 18 ans qu’elle s’est mise à rouler pour le plaisir et la compétition. Tant qu’à pédaler, aussi bien avoir du fun! Huit ans plus tard, elle se retrouvait parmi les crinqués du Québec au Défi des 21! Voici donc son récit.

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 » Plusieurs m’ont posé la question: pis, comment ça s’est passé le Défi des 21? Je vais  donc tenter de vous décrire ma journée en plusieurs gammes d’émotions.

Le vendredi 6 juillet, la veille du départ, nous sommes revenus de la réunion avant-course vers 22h au camping. Le temps de préparer tout mon stock, il ne me restait plus beaucoup de temps pour dormir: à peine quatre heures. Il fallait se lever à 3h15am pour être prêts à partir de l’Auberge des battures vers 4h45am. Bien sûr, puisque c’est un défi, j’ai été mise à l’épreuve: je me suis fait piquer toute la nuit par des brûlots qui rentraient dans ma tente. Si je compte bien, j’ai dormi un gros quinze minutes. Je me demandais si j’allais être assez alerte sur le vélo pour ne pas faire d’accident et être assez énergique pour terminer.

Le matin du départ, il s’est mis à pleuvoir. Je peux vous dire qu’il faisait encore noir à cette heure-là. On est finalement parti sans pluie, elle a recommencé juste après. On a vécu des précipitations jusqu’à 11h00 environ. Parmi les questions qui m’ont traversé l’esprit: pourquoi m’être inscrite à ce genre de défi mongole quand il faut se lever au milieu de la nuit pour aller rouler dans des côtes à la pluie battante?! Ouf! mon mental en prenait un coup!

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Pendant la période de pluie, j’ai roulé seule, essayant de trouver un ou des cyclistes qui auraient bien voulu pédaler avec moi. Plus facile sur le moral quand on est au moins deux. Finalement, en mangeant les côtes une à une, j’aperçois mon ami Olivier de Québec qui est à 400 mètres. Ça m’a pris du temps le rejoindre! Nous avons donc commencé la ride ensemble avec son ami et un autre gars qui les a rejoint. On a jasé sur un bon bout ensemble, tout le monde était joyeux! Ça faisait du bien d’être à plusieurs et j’étais contente de pouvoir enfin prendre des news d’Oli!

Rendus au km 76, nous atteignons le 1er ravito. Nous sommes arrivés vers 7h45.  Yes dans les temps!  On avait jusqu’à 8h30 pour le faire. Après quelques minutes à se ravitailler, Oli nous dit d’y aller et qu’il va nous rejoindre. Nous sommes partis à trois. Oli aura finalement perdu sa cassette, fait un flat par la suite et je ne sais pas s’il a fini. Son ami est resté avec lui, moi et l’autre gars nous avons donc continué sans eux, espérant les retrouver plus tard.

En roulant à deux, nous avons croisé une gang avec laquelle nous nous sommes accrochés. Mon partner en connaissait quelques-uns dans le peloton. D’ailleurs, j’ai appris qu’il était de la région, il me décrivait parfaitement le parcours tout au long des kilomètres. Le kilomètre 150 arriva, notre 2e point de contrôle et de ravito. Nous avions jusqu’à midi pour y parvenir: yes! Encore une fois dans les temps, il est 11h15. Nous avions donc  une avance, mais mince,  pour atteindre le 3e ravito.

Pour les ravitaillements, j’étais soutenue par mon amie Annie du Triomphe club qui suivait en auto notre équipe de 5! Mais nous n’avons juste jamais roulé ensemble! haha! Annie nous retrouvait dans chacun des ravitos avec Sebastien, qui lui a malheureusement brisé son pédalier après 25 kilomètres. Mon nouveau partner Samuel avait également un soutien en auto, deux de ses amis de la région venus l’encourager. Nous étions dans le luxe! Ils s’arrêtaient souvent sur le bord pour nous demander si nous avions besoin de sandwich, de coke, de Gatorade, d’eau, etc.

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Après le kilomètre 150, Samuel et moi sommes repartis. Le 3e point de contrôle était à 242km et mon partner m’avait avertie qu’il y aurait beaucoup de côtes avant d’y arriver. Le soleil commençait à sortir, nous étions enfin sur le bord de l’eau…avec un bon vent! Ah oui, mes jambes, je les sentais depuis le km 100, mais je ne m’y attardais pas. J’espérais manger une sandwich bientôt, je devais dire adieu à un bon cappuccino, même sortir mon cellulaire était un temps de plus: chaque minute était comptée! J’ai roulé avec mon partner pour tout le reste des kilomètres jusqu’au ravito 3, au km 250.

Après plusieurs calculs, nous avons commencé à organiser de courts relais car il ventait beaucoup, il faisait chaud, et nous devions parvenir au point /ravito 3 avant 16h30. C’est juste avant que je me suis demandé pour la 1ère fois si je le terminerais vraiment. Malgré le bon moral que procure de rouler à deux, mes jambes étaient en feu,  j’avais chaud, les côtes me paraissaient intenses et interminables, et le vent était extrême! En chemin, nous nous sommes arrêtés à l’épicerie de St-Urbain complètement vidés. Après cette recharge, nous nous sentions renaître. Finalement, après beaucoup d’effort et beaucoup de focus à deux, nous sommes arrivés à 16h29 au checkpoint, à 1 minute de l’élimination! C’était une victoire déjà rendu là.  Tout le monde nous félicitait, nous étions vraiment contents! Après quelques ravitaillements, croissants, jujubes et Gatorade, nous repartions.

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Ok là, il fallait se donner une stratégie. Nous avions jusqu’à maximum 21h05 pour finir dans les temps. Nous avions 242 kilomètres de faits et nous devions passer le fil d’arrivée après 339 km. Nous allions à ce moment entrer dans le parc des Grands Jardins où plusieurs côtes nous attendaient, comme celle de Galette. J’appréhendais ne plus avoir de jambes. Après plusieurs ravitos magiques de la part de ses deux amis qui nous suivaient,  Sam a commencé à décrocher. C’est après consensus que je suis repartie seule avec peine et misère de le laisser derrière moi, et en espérant qu’il se redonne vie dans les descentes qui s’en venaient. Nous avions fait près de 280 kilomètres ensemble, comme des vieux amis! Pendant ce trajet, on a eu le temps d’apprendre à se connaître!

Il me restait autour de 60 kilomètres, mes plus durs à vie. Je commençais à sacrer, je ne pouvais plus me consoler de sortir du parc dans 20 km restants ni de descendre les côtes, et mon partner n’était plus avec moi! Avec les derniers ravitos de ses amis, j’avais de quoi terminer sans arrêter..si j’y parvenais. Après avoir laissé Samuel derrière, ma moyenne à ce moment-là était de 20.5km/h. Je savais qu’il fallait que j’atteigne 21km\h de moyenne pour terminer dans les temps. Je suis donc difficilement repartie, essayant de rattraper un gars que je voyais au loin.

Je me suis fortement demandé si j’abandonnais, me sentant seule dans l’immense parc des Grands Jardins, sachant que j’étais probablement dans les dernières. Je râlais toute seule, je respirais fort, j’essayais de boire et de manger à chaque 15 minutes, malgré mon manque d’appétit. J’étais tannée de manger. C’est non sans peine que je suis finalement sortie du parc. Il me restait alors 40 kilomètres à franchir.

Je n’avais aucune idée du parcours à venir, j’avais seulement entendu dire que ça descendrait un peu. À ma grande joie, ça descendait en effet!  Mais même la descente me faisait mal partout. Je devais donner tout ce qu’il me restait pour augmenter ma moyenne: j’ai passé de 20.5, à 20.6, et à 20.7, j’ai crié de joie! Le 21km/h n’était pas loin. Le soleil commençait à baisser, il n’y avait personne sur les routes, seulement quelques voitures roulant à 100km/h. Je ne me souvenais plus du kilomètre exact final (oui la tête n’était plus aussi là qu’au début). J’espérais juste qu’il n’en reste plus beaucoup. Les deux amis de Samuel que je croisais en auto continuaient de m’encourager, me disant que mon partner s’en venait! J’espérais qu’il me rattrape pour finir ensemble et cette idée me donnait une énergie positive. Vingt kilomètres plus tard, j’avais enfin atteint le 21km/h de moyenne!  J’ai su dès lors que j’avais des chances de terminer dans les temps.

Je l’avoue, je continuais quand même de râler et de manger des jujubes. Il fallait juste que je roule. J’ai roulé, roulé fort et rapidement jusqu’à finalement atteindre La Baie: un 4 kilomètres le long du fleuve qui m’a semblé beaucoup plus long. Je suis finalement parvenue à L’auberge: j’ai rejoint le fil d’arrivée! Il était près de 20h50. J’étais exténuée, soulagée, fière d’avoir finalement complété toute cette journée, heureuse de l’avoir fait en bonne compagnie, aussi gaiement, dans le plaisir somme toute…et dans les temps pour me classer!

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Cette année, j’ai été la seule fille du Défi des 21 à avoir franchi la ligne dans les temps, une autre a terminé 15 minutes plus tard, alors qu’elle a roulé seule tout le parcours. Wow chapeau! Nous étions seulement 3 femmes sur le départ.

Merci au soutien de feu de notre équipe Triomphe!  Ça faisait tellement du bien au moral de les voir. Puis merci à tous ceux de notre team de feu qui m’ont aidé dans la préparation et les entrainements:  Benoit, Patrick, Cédric, Sebastien et Christian. Merci aussi aux  deux amis de Sam qui ont très bien pris soin de moi comme de mon partner. Nous sentions toujours beaucoup d’amour de leur part! Enfin, merci à Mathieu, mon mécano perso qui a certainement contribué au bon état de mon vélo pour cette grosse ride!

Donc la réponse est oui!  Oui j’ai réussi le Défi des 21 et ce, dans les temps, à ma plus grande joie et satisfaction. Je ne me suis pas entraîné pour rien! Un méchant défi! Si ce n’était pas dur, tout le monde finirait, hein. Le vent a eu raison de plusieurs, d’autres ont eu des bris mécaniques. Si j’avais eu un flat ou d’autres pépins, et si je n’avais pas roulé avec Sam, mon récit n’aurait pas été pareil.

Merci à tous pour les encouragements, je les ai bien sentis à chaque coup de pédale tout au long du parcours.  Je vous dis donc, à la prochaine pour un autre défi! » Laurence Bourque, ultracycliste et triathlète.

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