Jessica Bélisle, une Québécoise à l’assaut de l’Ultra Revival Tour!

En 2015, dans le cadre du Salon du Vélo et de la Course à pied (Saguenay, Québec), j’ai eu la chance d’assister à une conférence fort inspirante, présentée par La Cyclovore Jessica Bélisle, une ultracycliste exceptionnelle qui court les cyclosportives depuis trois ans. Impressionnée par ses performances – elle a entre autres arraché la première place à l’Ultra-défi, la plus longue course au Canada, soit 1000km et plus de 10 000 mètres de D+ qu’elle a franchi en moins 50 heures –  je l’avais alors invitée pour une entrevue publiée dans  Elles font du vélo. Elle en a roulé des kilomètres depuis, allant même jusqu’à battre un record Guiness sur vélo stationnaire: près de 3020 km en 128 heures! Champagne!
Assoiffée de défis et accro de l’ultracyclisme, Jessica Bélisle revient d’une grande épopée sur le vieux continent. La trifluvienne a complété l’Ultra Revival Tour,un parcours qui se veut le plus fidèle à celui du 1er Tour de France de 1903 « avec un départ identique devant le café le Réveil Matin à Montgeron ». L’arrivée a été elle jugée à Versailles. Une aventure exceptionnelle représentant plus de 2 400km en 6 étapes et 6 jours et dans laquelle ce sont lancés seize férus de longue distance. Jessica était d’ailleurs la seule femme et l’unique représentante du Québec inscrite dans cette épopée audacieuse d’ultracyclisme.
Sans plus attendre, je vous présente son propre récit (avec son autorisation bien sûr):
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« À la vue de cette photo qui montre une jeune femme ‘’prête’’ à partir à l’aventure je réalise à quel point ce que je viens de vivre m’a fait évoluer, m’a transformée. Je peux vous le dire, à ce moment, j’étais terrorisée. J’ai souvent comparé ma participation à l’Ultra Revival Tour à un saut en parachute. Et bien, je ne pouvais mieux dire!
À mon arrivée en France, j’ai la chance d’être accueillie et prise en charge par Laurent, un ami cycliste rencontré via Facebook. Je suis enchantée de faire sa rencontre tout comme celle des trois participants que nous allons chercher à la gare. Direction l’hôtel pour faire la connaissance de tous les cyclistes et de l’équipe de support. Les noms défilent au fur et à mesure que les gens se présentent. Je suis chanceuse si j’en retiens deux ou trois sur le lot.
Je commence à réaliser que ce ne sera pas de la tarte. Je n’ai aucun repère si ce n’est de mon précieux Felty, toujours bien au chaud dans son sac de transport. Plus que quelques heures avant le départ. J’ai faim, j’ai soif, j’ai même un peu mal au cœur, alors que nous finissons d’assembler mon valeureux compagnon de route. Je donne quelques coups de pédale: tout semble sous contrôle (Fiou!).
Les chambres sont distribuées, je serai seule étant donné qu’il n’y a pas d’autre femme dans l’équipe. Je me sens privilégiée, à moi le grand lit douillet pour me reposer avant le départ. J’entrouvre la porte et me cogne le genou sur le coin d’un lit. Ok, choc de culture #1. La chambre est petite, mais surtout très chargée. Mes bagages rentrent à peine et je dois me contorsionner pour entrer dans la salle de bain. Ce n’est pas grave, je n’ai pas l’intention de passer une semaine dans les chambres d’hôtel, mais plutôt sur la route à découvrir la France.
Plus que quelques heures avant le départ et il y a beaucoup à faire. La fatigue s’empare de moi, c’est quoi ce décalage horaire ?! Je n’ai jamais vécu un tel blues lors de mes voyages. Hé merde ! Je défais/refais/déplace/replace mes bagages pour trouver tout ce dont j’ai besoin pour partir. Grosso modo, ça ne semble pas si mal, mais il y a tellement d’informations à considérer : la météo, les arrêts possibles, le trajet, la noirceur… Tellement de variables que j’en suis étourdie. Dans quoi me suis-je embarquée ?
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La réunion des participants n’aide en rien à calmer cette angoisse grandissante. On étale mes accomplissements sportifs passés et on me met au centre de l’attention. Cela est à la fois flatteur et déstabilisant. Serai-je à la hauteur ? Il faut dire que mon entraînement pré-Ultra Revival tour n’a pas été des plus efficaces. J’ai eu une tendinite au poignet et j’ai dû diminuer significativement mes activités sportives les deux semaines précédant le départ pour arriver à guérir. De plus, je ne sais pas grand-chose de mes coéquipiers et je me doute qu’ils sont tous des cyclistes aguerris et connaisseurs du territoire pour s’être lancés dans l’Ultra Revival Tour. J’ai envie de pleurer.
Je réussis à préparer tout mon matériel pour partir, quand le stress fait une montée fulgurante dans mon estomac et mes yeux. Je suis seule dans ma chambre. Je ne veux plus partir. Jamais je ne pourrai relever ce défi, c’était une mauvaise idée. Je décide d’appeler ma mère, qui m’écoute patiemment déballer mon sac et me dit que je n’ai qu’à donner le meilleur de moi-même, que la première journée est la plus difficile, que j’ai une chance extraordinaire de parcourir la France et de prendre de l’expérience en ultra, peu importe le résultat. Je sais qu’elle a raison, je ne peux pas quitter sans avoir essayé. Je remets mes idées en place et me présente à la ligne de départ.
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Jour 1: Paris-Lyon, 489 km et 3 844 D+

La pluie débute, pour nous souhaiter bonne chance sans doute. Le départ est donné, je m’élance. Ma stratégie? Rouler seule, à mon rythme. Comme à l’habitude, je souhaite débuter de façon conservatrice et économiser mon énergie pour en donner un peu plus à chaque jour, mais il en sera autrement aujourd’hui. Les gars partent à un rythme effréné, et l’organisateur préfère qu’on reste groupé étant donné qu’il fait nuit.
Après une quarantaine de kilomètres, je suis dévastée. Jamais je ne tiendrai le coup. Ma fréquence cardiaque augmente dangereusement, mes jambes commencent même à cramper (?!) et mon moral décroît à une vitesse fulgurante. Je cours à ma perte et je ne peux pas gérer le début de cet ultra comme je le fais habituellement. Je l’avoue, à ce moment, je suis inquiète mais surtout fâchée du déroulement des événements. Les femmes et les hommes étant différents physiologiquement, je suis clairement désavantagée en débutant la course à ce tempo. Je n’aurai même pas la chance d’utiliser mes capacités d’endurance si je continue à m’épuiser de la sorte. Je suis tellement déçue et j’ai peur de décevoir tout le monde. Les autres participants sont gentils, ils m’attendent lorsque je décroche et me donnent des conseils pour que je prenne leur roue. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que je sais très bien comment prendre une roue, mais que je n’en ai pas envie. Je ne connais personne ici et je souhaite d’abord étudier le peloton pour connaître les habitudes de chacun et déterminer quelles roues me feront le moins peur. Je ne m’attendais pas à rouler en groupe et ça ajoute une couche à mon angoisse. Ouf! En plus d’être dans un pays étranger avec des inconnus, je devrai rouler en peloton. Ça commence à en faire pas mal à affronter. Et puis, mon orgueil n’aime pas que les autres m’attendent. Je veux qu’ils me laissent seule derrière pour que je puisse gérer la course à ma façon, mais il n’en est pas question.
Finalement, après plusieurs heures, nous arrivons au point de contrôle 1. Alléluïa ! Quelques 215 kilomètres roulés, mais encore plus de 200 à parcourir. Je prends une décision, je manifeste mon envie de rouler seule. Je pars donc après le ravito, affaiblie mentalement et physiquement, mais avec l’espoir de revenir. J’en ai vu d’autres quand même, ce n’est pas 200 km qui viendront à bout de moi, surtout pas la première journée ! Je pars et je me laisse dépasser par les petits pelotons qui se sont formés et qui roulent à tombeau ouvert. Le doute s’empare de moi, et s’ils gardaient ce tempo toute la semaine !? Est-ce qu’ils sont au courant qu’on a 6 jours d’ultra à faire ?!
J’arrive à une intersection et je me rends compte que je ne sais pas vraiment où aller, malgré mon GPS. Heureusement, au loin, j’aperçois encore quelques cyclistes et je calque mon chemin sur le leur. Je continue ainsi, jusqu’à ne plus trop savoir où je m’en vais de nouveau. Tout ce que mon GPS me dit c’est ‘’Hors parcours’’. Le cauchemar!
Un cycliste arrive à ma hauteur et semble chercher son chemin lui aussi. Le chemin n’est plus dans son GPS, mais il a le Logbook (ah ! ben oui, j’avais oublié ça avant de partir !) Je décide donc de le suivre et on roule ensemble. On doit s’arrêter régulièrement pour valider notre chemin, mais on prend notre rythme et je commence même à être capable d’anticiper le chemin à emprunter un peu à l’avance selon les villages que nous devons traverser. Comme nous n’avons jamais roulé ensemble, le rythme est inconstant. Je décide alors de faire une montée et de l’attendre de l’autre côté de la descente qui la suit. J’attends quelques minutes, personne n’arrive. Je sais que la voiture balai nous suit de près et que mon coéquipier souhaitait arrêter il y a déjà plusieurs kilomètres. Peut-être est-il embarqué ? Je sais que je perds du temps et je dois prendre une décision.
Je choisis de poursuivre ma route, je sais à quel village je dois me rendre et j’attendrai des nouvelles à cet endroit. Je roule, je roule, je roule et le village se rapproche. J’aperçois une boulangerie à l’entrée du village et m’y arrête. Je suis affamée et déshydratée, ça me fera du bien ! Je prends le temps de décompresser un peu. De toute façon, je devrai patienter avant l’arrivée de mon coéquipier. Je repars quelques dizaines de minutes plus tard et je croise l’équipe de support qui me fait de grands signes. Enfin, des gens que je reconnais! Ils m’informent que je suis passée par le mauvais chemin et que j’ai fait un grand détour. Heureusement, je suis quand même arrivée au bon endroit et je peux poursuivre.
J’hésite, car naviguer ainsi à l’aveuglette ne me semble pas très gagnant pour une fille sans sens de l’orientation comme moi. J’aperçois mon coéquipier des derniers kilomètres dans la voiture balai et il me tend son logbook. Je me dis que je peux bien essayer de m’orienter avec ça, c’est mieux que rien ! Je suis incapable de jeter l’éponge… je dois me battre jusqu’à la fin. Tout l’après-midi, je fais des détours, m’arrête aux intersections pour valider ma route et suis de plus en plus épuisée mentalement. Ce n’est pas bon du tout!
Finalement, j’arrive au deuxième contrôle une heure en retard. Je suis dévastée. J’ai échoué. Je prends place dans la voiture balai, j’hésite entre la honte et le soulagement et je m’endors presqu’aussitôt. Il ne manquait qu’environ 75 kms avant de rallier l’arrivée. J’avais les jambes, mais j’ai perdu beaucoup de temps inutilement aujourd’hui. Me voilà avec une nouvelle expérience en poche. Je ne ferai plus jamais la même erreur et validerai mes outils technologiques avant le départ.
Maintenant, il me reste à annoncer ça sur ma page Facebook, et c’est ce qui me fait le plus peur. Je ne veux pas avoir à affronter la critique ou la déception des gens. Je n’en ai pas la force. De plus, je dois décider si je repars le lendemain ou non, malgré que je ne serai pas finisher. J’écris brièvement le compte-rendu de ma journée sur Internet. J’en profite pour lire les commentaires qui entrent et je suis tellement touchée. Les gens croient en moi et me donnent des conseils pour que je continue. Au pire pour prendre de l’expérience, au mieux pour retrouver ma confiance et rebondir, aider les autres à réussir. Nous arrivons à l’hôtel en début de soirée et je file à ma chambre. Je dois dormir, c’est urgent. Je prépare mes trucs pour le lendemain, car je repartirai, c’est décidé. J’ai près de 4 heures de sommeil en poche lorsque je me réveille le lendemain matin pour un nouveau départ.
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Jour 2: Lyon-Marseille, 370 km et 3 290 D+

Je sens que les autres participants sont moins en forme qu’au départ alors que moi, je me sens mille fois mieux suite à une nuit récupératrice. Ce sera sans doute moins pire que la veille. On s’élance donc quelques minutes en retard (l’heure française n’est pas aussi rigide que la nôtre!) et je prends de nouveau place dans le peloton. Sans blague, je pense que j’ai fait un cours accéléré d’analyse de peloton lors des deux premiers jours! Mon but: prévoir l’imprévisible, éviter l’inévitable. J’ai décortiqué les habitudes de chaque participant tout comme leur coup de pédale. En vérité, j’étais encore apeurée et je tentais de contrôler ce que je pouvais contrôler.
Je finis par reprendre confiance et je me sens de plus en plus en forme. La montée du Col de la République reste un moment fort. J’ai réalisé que j’étais capable de bien pédaler et même de devancer certains de mes coéquipiers. À partir du deuxième jour, la routine du soir est intégrée et je me sens de plus en plus efficace. De plus, je commence à faire ma place dans le peloton, à me dégêner et à interagir avec les autres participants. Ça fait du bien ! Je me sens de plus en plus ‘’one of the boys’’ et mon moral remonte en flèche !

Jour 3: Marseille-Toulouse, 400 km et 2 426 D+

Le troisième jour, c’est celui où je me suis accidentellement enfermée dans des toilettes de supermarché! J’ai fait rire les gars avec cette péripétie et ça m’a permis de rire un bon coup, ce qui m’a complètement détendue. Je me sens de moins en moins déshydratée et en déficit calorique, puisque je réussis davantage à boire et à m’alimenter. Le système se remet en marche! Les deux premiers jours, mon corps ne voulait rien savoir, il me boudait !
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Jour 4: Toulouse-Bordeaux, 270km et 1 268 D+

Le quatrième jour, je me sens encore plus en forme! J’ai de la difficulté à y croire moi-même. Je prends même plaisir à rouler autant à tous les jours. Je commence cependant à appréhender la fin. Je ne veux pas que ça se termine ! Le matin (la nuit) au réveil, je suis la personne qui parle trop fort, qui est trop enthousiaste. C’est pour vous dire à quel point je me suis dégênée! Pour ma défense, je ne pouvais m’empêcher d’exprimer mon bonheur d’avoir trouvé d’autres cyclistes qui partagent le même intérêt que moi et ça me rendait vraiment heureuse! Hey, on allait rouler des centaines de kilomètres! Habituellement, mes compagnons de route considèrent que je suis un peu comme une extra-terrestre, alors que là, on était toute une bande d’extra-terrestres prêts à conquérir les routes de la France!

Jour 5: Bordeaux-Nantes, 365km et 2 254m D+

Aujourd’hui, j’ai besoin de motivation au lever même si j’ai encore un bon niveau d’énergie. Pour me crinquer, j’écoute de la musique motivante avant d’aller déjeuner, en préparant mon vélo. L’effet a été immédiat! Le reste de la journée s’est super bien déroulé et je me sens de plus en plus en forme! J’ai le sentiment que je me rendrai au bout de ce défi !
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Jour 6: Nantes-Paris, 480km et 3 635 D+

Dernier jour de l’Ultra Revival Tour, nous partons à minuit. Le peloton semble se fatiguer un peu et je commence à trouver difficile de fixer la roue devant moi. J’avertis donc les cyclistes autour de moi car il se pourrait qu’ils m’entendent chantonner, ça me tient en éveil. Heureusement, je pense que je n’ai traumatisé personne et ce petit truc a bien fonctionné! Je suis restée focus toute la nuit.
Par contre, une chute difficile à éviter m’est arrivée avant le premier ravito.  Les fantômes de mes anciennes chutes sont ainsi revenus me hanter. Je faisais moins confiance au peloton. J’ai donc revendiqué le droit de rouler seule. Les autres concurrents ne voulaient pas me laisser à moi-même, alors un plan s’est mis en branle : il y aurait un peloton devant moi et un derrière, et je serai seule au centre. Cyril s’est proposé pour rouler avec moi. Je dois avouer que les kilomètres défilent plus vite lorsqu’on peut discuter et se relayer contre le vent. Comme j’avais confiance en lui, j’ai accepté et ça a été un super revirement de situation. J’ai peu à peu oublié ma peur de rouler à plusieurs et j’ai laissé les paysages défiler tout en discutant de tout et de rien.
À un moment, le peloton de devant a pris un mauvais embranchement et nous nous sommes retrouvés devant tous les deux. Le temps que le peloton retrouve le bon chemin, nous avions déjà pris un peu d’avance. Lorsque Cyril me demande si ça va trop vite ou pas assez vite, je lui dis qu’il peut accélérer, que ça va bien! Il accélère donc progressivement et, comme je suis toujours là derrière, on atteint une vitesse de croisière plus qu’acceptable. Avec le double arc-en-ciel (j’ai hâte de voir les photos !!) et l’air frais, tout est parfait! Lorsqu’on entre dans la partie plus vallonneuse, je prends de bons relais, fais des relances. Bref, on s’amuse. Ou plutôt, comme mon comparse le dit, on se régale! Ça fait tellement de bien de lâcher son fou comme ça, de se mettre dans le rouge un peu, en sachant que la fin arrive.
Ces derniers soixante kilomètres parcourus resteront marqués à jamais! C’est en plein comme ça que j’aime gérer les ultras, garder assez de gaz pour les derniers miles et éviter de me décourager parce que je suis à plat à quelques dizaines de kilomètres de l’arrivée. L’arrivée à Versailles restera un moment fort intense également. Mon seul regret est de ne pas avoir eu ma famille pour partager cet instant magique avec moi. Heureusement, nous avons tous célébré ensemble à l’arrivée, nous félicitant de ce que nous venions d’accomplir !
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En conclusion…

Sans cette expérience, jamais je n’aurais visité la France comme je l’ai fait. C’est comme si j’avais été dans des ‘’Warmshowers’’ dans chacune des régions, en plus de parcourir des milliers de kilomètres de vélo. J’avais mes guides touristiques privés pour m’expliquer l’histoire et les particularités de chacune des régions traversées. J’ai été privilégiée, tout simplement! Cette aventure a fait ressortir un paradoxe : en voyage, je souhaite être dépaysée pour apprendre davantage mais, sur un ultra, j’aime avoir le contrôle du plus grand nombre de facteurs extérieurs à moi. C’était donc tout un contrat de combiner les deux à la fois !
J’ai eu beaucoup d’éléments perturbateurs au départ qui m’ont déstabilisée : les ronds points font partie de ce lot ! Prendre un rond point efficacement est un art que je ne maîtrisais aucunement. À partir de la troisième journée, je commençais à être de plus en plus à l’aise ! Durant cette épreuve, j’ai pu affronter mes trois plus grandes peurs à vélo : rouler en peloton, descendre des côtes à vive allure et rouler de nuit.
Au fil des jours, j’ai perdu mon filtre. De plus en plus, je disais ce que je pensais et je riais beaucoup. Je pense que c’est une réaction normale avec la fatigue accumulée et la complicité qui se crée avec l’équipe qui nous entoure, les barrières tombent. Lors des points de contrôle, j’étais celle qui faisait une gaffe : m’embarrer dans les toilettes, renverser mon coca ou ma soupe,.. Plusieurs personnes se réunissaient d’ailleurs sur les points de contrôle pour nous encourager ou venaient rouler avec nous pour redonner de l’ardeur au peloton et j’ai trouvé ça merveilleux de partager une partie de ce périple avec eux. Tout cela a été un événement rassembleur, comme je les aime, pour la communauté cycliste !
Maintenant, je pense avoir développé une dépendance à l’accent français, aux quiches et au bronzage ‘’à la discrétion du soleil’’, mais je devrais m’en sortir après une désensibilisation! Il va de soi que je m’ennuie déjà de la France, de ses boulangeries, mais surtout de ces personnes incroyables que j’ai eu le bonheur de rencontrer. J’ai le sentiment que lorsqu’on se reverra, dans quelques mois ou quelques années, on va se rappeler de ce qu’on a vécu ensemble et qu’on est, en quelque sorte, liés à jamais. Si c’est dans l’adversité que l’on crée les champions, avec les conditions météo que nous avons eues, je pense que nous sommes désormais tous des champions !
La fille que j’étais avant mon départ pour la France n’est plus, celle qui était insécure, incertaine d’être au bon endroit. Celle qui ne voulait pas décevoir, celle qui voulait plaire mais qui ne savait pas toujours comment s’y prendre. En une semaine, j’ai retrouvé ma nature forte et fonceuse. J’ai l’impression d’avoir vécu un mois en Europe et d’avoir pris une telle maturité! Ce que je retiens par-dessus tout, c’est qu’en équipe on est plus forts. Auparavant, j’avais toujours vu l’ultracyclisme comme une discipline individuelle et je dois avouer que cet aspect me plaisait beaucoup, car il implique moins de variables à contrôler. Par contre, lorsqu’on est soumis à des conditions extrêmes comme nous l’avons été, je m’aperçois que rapidement les forces de chacun ressortent, faisant bénéficier le groupe de ces atouts.
photo Bertrand Albert
Si quelqu’un m’avait dit, lorsque j’ai acheté mon premier vélo de route, en juillet 2014, qu’un jour, pas si lointain, je ferais le Tour de la France en 6 jours avec une dizaine d’ultracyclistes français, jamais je ne les aurais crus! Et bien, pourtant, c’est ce qui vient de se produire! C’est la réalisation sportive dont je suis le plus fière, puisque c’est celle qui m’a demandé le plus au plan mental et qui m’a rapporté le plus au plan humain.
Merci à tous ceux qui ont pensé à moi, m’ont encouragée pendant cette épreuve et qui m’ont envoyé de l’énergie. J’ai senti votre présence tout le long du parcours.
Merci à l’organisation, à l’équipe de support, à tous les participants d’avoir rendu cette aventure possible!
Maintenant, reste à savoir quand j’aurai la chance de retourner sur le Vieux-Continent! »
jess peche

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